Cercle des lecteurs du 22 novembre 2016

Portrait de D7root

 

Rudik, l'autre Noureev. Philippe Grimbert

Rudolf Noureev, le danseur russe échappé de son pays pour devenir en France le plus prestigieux danseur du monde, accepte de voir Tristan Feller, célèbre psychanalyste qui reçoit le tout-Paris. Après vingt ans de gloire, l'artiste revient pour la première fois chez lui pour revoir sa mère mourante. Il est inconsolable, déprimé. D'autre part, le virus implacable dont il est atteint commence à faire des ravages. Tristan Feller, homme brillant de grande expérience, tombe sous le charme de son illustre patient qui va le déstabiliser. Les rencontres vont prendre une orientation inédite. Une grande confiance s'établit entre les deux hommes. Noureev, solitaire, intransigeant, colérique se confie car il espère un ultime secours dans le combat qu'il livre contre la maladie et ses vieux démons. Il a plus de quarante ans, son épuisement est extrême, mais rien ne lui fera abandonner son public. Il est aussi chorégraphe. Ce roman nous montre un personnage sous un jour très personnel avec son côté fragile. Philippe Grimbert est né à Paris en 1948. Il est psychanalyste, écrivain, essayiste. Ses romans ont obtenu de grands succès.

 

 

 

Chanson douce, Leila Slimani. Prix Goncourt 2016


Ce roman s'ouvre sur un cri affreux, celui d'une mère. La narratrice ne nous prend pas en traître en révélant dès le premier chapitre l'assassinat de deux enfants et la tentative de suicide de leur nourrice "qui n'a pas su mourir". Retour en arrière : après la naissance du deuxième enfant de Paul et Myriam, la jeune femme souhaite retravailler et se met en quête de la nounou parfaite. Quand Louise apparaît, avec son visage "comme une mer paisible", elle sait qu'elle l'a trouvée. La fée du logie s'installe donc dans l'appartement et comble les fantasmes de famille idéale. De discrètes notes discordantes se font pourtant entendre : l'étrange impaSsibilité de Louise et sa solitude, la course éperdue de Myriam écartelée entre amour maternel et désir de réussite. AvEC beaucoup de talent, l'auteur instille dans son récit l'inéluctabilité du drame, à doses homéopathiques, ajoute habilement quelques granules dans chaque page sous la forme de menus faits quotidiens, alourdit lentement la menace qui plane en utilisant une écriture sobre, aussi neutre que l'est un rapport d'autopsie.

 

 

 

Les temps perdus, Juan Pablo Villalobos

 

Après une dure vie de labeur à vendre des tacos douteux dans le centre de Mexico, Teo coule une retraite pittoresque dans un vieil immeuble délabré qu’il partage avec une dizaine de congénères et une impressionnante légion de cafards. Indépendant et fantasque, il refuse obstinément d’intégrer le cercle de lecture du troisième âge initié par la sémillante Francesca, objet de tous ses fantasmes. Il n’a pourtant échappé à personne qu’il est probablement écrivain, puisqu’il passe son temps à noircir des carnets. Converti en ennemi public no 1, il détient, fort heureusement, une arme imparable : la Théorie esthétique d’Adorno, véritable bijou multi-usage, paradigme vital tout aussi efficace pour chasser les vendeurs importuns et exterminer les blattidés hostiles que pour river le clou à des vieillards décatis obnubilés par leurs ateliers de macramé, de modelage en mie de pain ou d’analyses de haute volée sur La Recherche du temps perdu.
Entre querelles de voisinage hilarantes et pulsions érotiques déjantées, l’auteur embrasse trois quarts de siècle de l’histoire du Mexique avec révolution et contre- révolution, crimes d’État, corruption, assassinats, disparition et marginalité.
 Une irrévérence affirmée, instructive et salutaire.

 

 

 

Nouvelles & Romans, Stefan Zweig. Le Livre de Poche

 

 

 

 

Sorti de rien, Irène Frein

Un jour, un journaliste m'interpelle : « Vous qui êtes sortie de rien... »

Quel rien ? La misère qui fut celle de mon père ?

 

Je retourne en Bretagne. Le fil du passé n'est pas encore rompu, les gens se souviennent, un monde stupéfiant ressuscite, un lignage archaïque dont j'ignorais l'existence, rudesse et merveilles, austérité et truculence, cocasserie, poésie. L'esprit même de mon père, l'humilié qui ne plia jamais devant l'adversité.

Une colère ancestrale prend alors la parole et me dicte, sans me laisser d'issue :

« Cherche donc ce qu'il fut, ce Rien dont tu es la fille. Et dis-le. »

 

Je m'incline, je croise ce passé avec ce qu'il me reste de mon père : la légende familiale, ses récits, ses carnets, toutes ces lettres qu'il écrivit lorsqu'il était prisonnier des nazis. Des énigmes s'expliquent, des secrets se dévoilent. Oui, mon histoire - jusqu'à mon prénom - est bien fille de la sienne : le combat d'un Breton « sorti de rien ». Combien sont-ils encore, sur la planète, à vouloir sauver comme lui le seul trésor qui vaille : la dignité ?

 

 

 

 

 

Marie Curie prend un amant, Irène Frein

 

Le 4 novembre 1911, un journal à grand tirage annonce une nouvelle extravagante : Marie Curie a un amant. La presse et l’opinion s’enflamment. Procès, duels, publication de lettres volées, l’ouragan médiatique est énorme. Marie manque d’y laisser la vie.

 

C’est vrai, elle a une liaison. Veuve depuis cinq ans de Pierre Curie — le chercheur avec qui elle avait découvert le radium et reçu son premier prix Nobel —, elle s’est éprise d’un homme marié, Paul Langevin, ami d’Einstein, et lui aussi savant d’exception. Mais surtout elle dérange. Icône de la science mondiale, elle s’apprête à recevoir un second Nobel. Veuve, génie et amoureuse, c’en est trop. Comme le capitaine Dreyfus vingt ans plus tôt, on l’abrutit de calomnies. On va jusqu’à lapider sa maison.

 

Au plus fort de la tourmente, elle reste fidèle à ses deux passions : Paul, l’amant, et Pierre, son mari tragiquement disparu.

 

 

Quel secret les unissait ? Pour le comprendre, Irène Frain a interrogé des archives négligées, des photos méconnues, des lieux inexplorés. Et ressuscité, par-delà le thriller médiatique d’une modernité souvent glaçante, une femme-courage prête à tout risquer pour ceux qu’elle aime.

 

 

 

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