Cercle des Lecteurs du 26 janvier 2016

Portrait de D7root

Le confident, Hélène Grémillon

Livre lu à quatre voix, R GREM

 

Camille enceinte vient de perdre sa mère dans un accident de voiture et parmi les lettres de condoléances, il y a une étrange lettre anonyme. C'est le roman de deux amours impossibles et de quatre destins brisés. Tous les mardi, Camille attend le courrier avec impatience, afin de connaître la suite du roman dont elle sent qu'elle fait partie. Il y ait question d'une jeune fille de seize ans qui, pour aider une femme qu'elle croit être son amie, accepte de porter l'enfant de son mari. mais hélas,  le jeune fille s'éprend du mari et lui d'elle. L'épouse s'en aperçoit et souffre en silence jusqu'à ce que la guerre emporte au loin le mari. Après l'accouchement, la jeune fille est renvoyée par l'épouse et n'aura plus de nouvelles du mari. Camille se prostitue alors pour subvenir à ses besoins et ne pas s'éloigner trop du bébé. Elle retrouve un ami d'enfance, celui qui écrivait les lettres pour Camille, et lui raconte son histoire.... Un très bon roman audio qui s'écoute sur huit heures et où le suspens est maintenu jusqu'au terme de l'histoire.

 

 

La zone d'intérêt, Martin Amis

Calmann-Levy 2015, R AMIS

 

Martins Amis était toujours publié chez Gallimard qui a refusé son dernier roman. C'est donc chez Calmann-Levy que "La zone d'intérêt" est paru.

Nous sommes dans un camp de concentration de Kat Zet 1 (Auschwitz) en Pologne. Angelus Thomsen, officier nazi, bellâtre et arriviste, tombe amoureux de la femme de son commandant Hannah Doll. Paul Doll est vaniteux, lubrique, cruel et alcoolique. Martin Amis donne la parole à un troisième personnage : Smulz, chef des sonderkommandos. Les trois hommes s'expriment tour à tour, témoignent de la vie du camp, vue par les bourreaux. On retrouve le langage déshumanisé des bourreaux : "stuck" c'est-à-dire "pièce" pour parler des prisonniers ou encore "éléments féminins" pour prisonnières.

La Buna, usine de caoutchouc, est exploitée par IG Farben ; les cadres d'IG Farben et de Bayern, sa filiale, sont au milieu du camp et font travailler les prisonniers ou les soumettent à des expériences. On découvre le discours nazi : "Etre gentil avec les Israélites, c'est être cruel avec les Germains" ; "le Bien, le Mal, le Bon, le Mauvais : tous ces concepts ont fait leur temps, ils sont dépassés". Au fil des défaites de l'Allemagne, leur discours se teinte de doutes sans que leur cruauté ne faiblisse. A la fin de la guerre, leur nouvel hymne national allemant sera : "Ich wusste Nichst Uber Es" (Je n'étais pas au courant).

 

 

Soudains, seuls. Isabelle Autissier

Stock, R AUTI

 

Un couple de trentenaires partis faire le tour du monde. Une île déserte, entre la Patagonie et le Cap Horn. Une nature rêvée, sauvage, qui vire au cauchemar. Un homme et une femme amoureux se retrouvent soudain, seuls. Leurs nouveaux compagnons : des manchots, des otaries, des éléphants de mer et des rats. Comment lutter contre la faim et l'épuisement ? Et si on survit, comment revenir chez les hommes ?

Un roman où l'on voyage dans des conditions extrêmes, où l'on frisonne pour ces deux Robinson modernes. Une histoire bouleversante.

 

La voleuse de livres, Markus Zusak

 

La Voleuse de livres est un roman de l'écrivain australien Markus Zusak, publié en 2005 en Australie et en 2007 en France.

Le roman narre le destin tragique de Liesel Meminger, une fillette allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, par les yeux de la Mort, dotée d'un humour noir et cynique, ultime témoin objectif de la folie des hommes.

 

La Voleuse de livres a obtenu un succès international auprès du public comme des critiques, qui ont salué l'aspect déconcertant du récit et les valeurs qu'il défend contre la barbarie comme l'importance des liens familiaux, l'amitié, la solidarité humaine et la puissance des mots.

 

 

 

 

Encore,Hakan Gunday

Prix Médicis étranger 2015. R GUND

 

Gaza  est le narrateur torturé par son père et tortionnaire fasciné par l'exercice du pouvoir sur autrui. Il est modelé par la violence de son père, passeur de clandestins cynique, autoritaire et brutal. A  neuf ans, par négligence et fainéantise, il laisse mourir Cuma, un jeune Afghan dont la voix devient celle de sa conscience. Gaza ne peut alors se libérer de ce fardeau incarné par la grenouille en papier sur lequel Cuma avait dessiné les bouddhas de Bâmiyan. Victime de son père, Gaza devient bourreau et transforme en laboratoire le dépôt dans lequel sont entassés les clandestins en transit et sur lequel il est chargé de veiller.

Le mélange de haine et de lucidité de Gaza fait douloureusement écho à l'actualité. L'auteur ne gracie personne, pas même le jeune Gaza qui n'a jamais connu sa mère, tuée par son père, et rappelle la responsabilité de chacun : du narrateur, du lecteur et de l'Etat.

Le portrait qu'il dresse de la Turquie est celle "d'une jouvencelle boulimique et dépressive qui se voit obèse dans le miroir de l'Orient décharnée dans celui de l'Occident et ne trouve pas de vêtements à sa mesure".

Pour l'auteur, "la guerre sans merci que le bien et le mal sont censés se livrer jusqu'au jugement dernier est la plus grande escroquerie dont l'humanité a jamais été victime".

 

 

Petit Piment, Alain Mabanckou

Ed du Seuil, R. MABA

 

 Le narrateur est un orphelin congolais qui vit dans une institution dirigée par un homme dur, intransigeant. Son prénom imprononçable a été remplacé par Moise, puis plus tard, par Petit Piment. Sa petite enfance est adoucie par la présence sereine du prêtre Papa Moupelou qui vient chaque semaine apporter un peu de joie. La révolution socialiste va bouleverser la vie du pensionnat. Tout le monde doit participer aux nouvelles directives. Moise s'évade, erre dans la ville de Pointe-Noire en compagnie de jumeaux, chefs de bande.

Jusqu'au jour où il rencontre une tenancière de maison, Maman Fiat 500, qui le prend en affection. Il passe là les plus belles années de sa vie. Mais hélas sa bienfaitrice va disparaître car le maire décide de détruire la maison close. Petit Piment, désemparé, commence à perdre la raison. Magie, sorcellerie, rien ne le guérira. Malgré tout, il réalisera son projet de vengeance.

Dans ce roman, réalité et fiction se mêlent. L'auteur trace un portrait  truculent d'un vagabond. Grâce à Petit Piment, nous découvrons cette Afrique, son histoire mêlée de joies aussi de fétichisme, de difficultés. Dans un style brillant, imagé, l'écrivain nous plonge dans un milieu où pour survivre il faut se battre.

Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo à Pointe- Noire. Romancier, essayiste et poète franco-congolais, il enseigne la littérature aux Etats-Unis et vit aussi en France. Il a écrit plusieurs romans connus et reçu de nombreux prix.

 

 

La fille du bourreau, Oliver Potzsch

Actes Sud

 

 

En 1659, dans la petite ville bavaroise de Schongau, un jeune garçon est repêché, mourrant, dans le Lech. Sur son épaule est maladroitement tatoué un signe de sorcellerie. On accuse aussitôt la sage-femme Martha Stechlin, que son métier amène à connaître les simples et les mystères de la vie - ce qui suffit aux yeux de beaucoup à en faire une adepte de Satan. Le  bourgmestre et ses conseills voudraient qu'on brûle immédiatement la sorcière pour rétablir le calme dans le ville et ordonnent donc au bourreau Jakob Kuisl de soumettre Martha à la question. Mais celui-ci, convaincu de son innocence,  va tout tenter pour la sauver, aidé de Simon, un jeune médecin et de sa fille Magdalena. D'autant que les événements tragiques se succèdent : deux autres garçons sont assassinés et une fille est enlevée. L'hystérie envahit peut à peu les habitants de Schongau tandis que le diable, sous l'apparence d'un boiteux doté d'une main de squelette, rôde dans la ville.

Ce superbe roman plonge dans les noirceurs et les infinies ressources de l'âme humaine. Il fait vivre avec une grande véracité des hommes du XVIIe siècle terrorisés par les croyances irrationnelles. Olier Potzsch campe en Jakob Kuisl une magnifique figure de bourreau, brutal et humaniste, savant et rustre.

 

 

 

 Le siècles des Lumières, Alejo Carpentier

 

 Alejo Carpentier est cubain, attaché culturel à l'ambassade de Cuba à Paris, mort en 1980. Il a publié Le siècle des Lumières en 1962.

 La Havane, fin XVIIIe : trois adolescents sont livrés à eux-mêmes dans une maison bourgeoise après la mort du patriarche : Sofia et Carlos, le frère et la soeur, et Carlos, leur cousin. Ils vivent une vie de dépenses et d'imagination, lisent beaucoup tout ce qui vient d'Europe, vivent la nuit. Un soir se présente à leur porte un négociant en farine français Victor Hugues. Celui-ci se mêle à leurs jeux et fantaisies, tout en découvrant que l'exécuteur testamentaire de leur père les gruge. Il est franc-maçon et révolutionnaire. A la suite d'émeutes en Guadeloupe, Esteban et Victor Hugues se retrouvent en France où la Révolution est en marche. Il est accusateur public à Rochefort puis chargé par la Convention d'appliquer l'abolition de l'esclavage en Guadeloupe d'où il chassera les Anglais. Plus tard, il sera chergé par le consulat de rétablir l'esclavage en Guyane.

L'étonnante imbrication de l'Histoire et de la trame romanesque, servie par une style baroque et foisonnant, tropical, peut-on dire, rend cette lecture essentielle, surtout pour qui apprécie la littérature hispano-américaine.

 

La terre qui penche, Carole Martinez

Gallimard 

 

L'histoire raconte l'année des douze ans d'une jeune fille noble du XIVe siècle, Blanche. Sa 13e année est racontée dans un roman précédent "Le domaine des murmures"

Blanche doit partir avec son père dans un château où elle sera donnée au seigneur afin qu'elle épouse le fils, un simple d'esprit. En plus de son père, elle est escortée par des soldats dont l'un, violeur, tue les petites filles. Il est surnommé dans la région "l'ogre". Voulant échapper à sa nouvelle vie, Blanche s'échappe dans la forêt où elle rencontre l'ogre, blessé par un piège à loup. Avant de succomber à sa blessure, il attrape Blanche et meurt dans ses bras. Blanche pense que le diable est mort et rentre avec le cheval de l'assassin. Elle nouera alors une relation très forte avec ce cheval. Finalement elle apprendra à aimer sa vie et même son époux Aymond. Tous trois se perdront dans la foret avant d'être recueillis par une femme, sortie tout droit d'Hansel et Gretel. A leur retour, le cheval sera brûlé pour sorcellerie, Aymond mourra de la peste et Blanche devra repartir avec son père pour un autre mari. Cette histoire est magnifiquement contée par deux voix : l'âme de Blanche enfant, et celle de Blanche vieillie. C'est un roman sur la fin de l'enfance, cruelle et douce à la fois. Il y a plein de poésie et la frontière entre le réel et l'irréel est ténue.

 

 

 

Tand'Afrika, Olivier Godin

 

Si les boussoles indiquent le Nord, celle d'Adeline et Olivier, comme aimantée par les tropiques, pointe résolument vers le sud. Pour étancher sa soif d'aventure et d'horizons lointains, le jeune couple a choisi l'Afrique. De Paris jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, en passant par les immensités du Sahara, la luxuriante Casamance ou la plaine masai, les deux voyageurs ont sillonné pendant près de 20 000 kms les routes et les pistes de ce continent qui fascine et fait peur. "Loin du prisme déformant des médias, nous avons découvert une Afrique diversifiée et envoûtante, dotée d'une richesse culturelle et environnementale inouie. Certes, nous avons croisé des visages résignés face à la pauvreté, la faim ou la maladie, mais ils n'occultent pas les innombrables sourires porteurs d'espoir qui ont jalonné notre chemin" se souviennent Adeline et Olivier.

Un détail  : ce périple a eu lieu à la force des mollets, en tandem.

 

 

 

L'intérêt de l'enfant, Ian Mac Ewan, Gallimard 2015

 

Fiona, la soixantaine, est juge aux affaires familiales. Alors qu'elle est littéralement dévorée par les affaires qu'elle traite, notamment le cas d'une séparation de deux frères siamois qui doit condamner l'un des enfants, son mari lui annonce qu'il veut vivre et la quitter. Une affaire urgente lui incombe alors : le cas d'un jeune homme presque majeur, témoin de Jéhovah, qui refuse la perfusion sanguine qui pourrait le sauver. Pour se faire sa propre idée, elle décide de le rencontrer à l'hôpital, ce qui est tout à fait contraire à son idéologie... Un livre à dévorer !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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