Cercle de lecteurs du 19 mars 2013

Portrait de D7root

Une douzaine de romans ont été présentés ce jour-là par 7 lecteurs et nous allons essayer de donner un compte-rendu de cet échange.

Michèle présente: "Dans l'ombre de la lumière" de Claude Pujade-Renaud, chez Actes Sud

Saint Augustin est sous les feux des projecteurs cette année : Cf « le Sermon sur la chute de Rome », de Jérôme Ferrari, où l’on peut lire à la fin du roman le discours fait à Hippone par  Saint Augustin aux rescapés du sac de Rome par Alaric en 410 .

Nous sommes à Carthage à la fin des années 300. Ici nous parle Elissa, dont le prénom est la forme grecque d’Elishat, le nom phénicien de Didon. Comme Didon, Elissa a été abandonnée par l’homme aimé, c’est-à-dire par Augustinus.

Augustinus et Elissa se sont rencontrés alors qu’ils n’avaient pas 18 ans : Augustinus, étudiant à Carthage, d’une bonne famille de Thagaste. Elissa est de basse extraction, mais l’amour les liera pendant plus de 15ans, et un fils naîtra un an après leur rencontre.

Tous deux sont manichéens : dans la pratique ils sont végétariens et devraient être chastes ; c’est sans compter sur l’appétit sexuel d’Augustinus.

A la fin de ses études, Augustinus retourne enseigner à Thagaste, chez sa mère Monnica, chrétienne (Sainte Monique). Elissa perçoit le danger que représente cette mère intrusive qui veut convertir tout le monde et qui les chasse lorsqu’elle s’aperçoit qu’ils sont manichéens.

Apprécié pour ses cours, Augustinus retournera enseigner à Carthage, puis le couple partira à Rome, puis à Milan, siège de l’empire romai  où ils seront rejoints par Monnica, la mère.

C’est là à 33 ans, qu’il lui annoncera que son mariage avec une riche fille de patricien âgée de 11 ans est projeté, lorsque celle –ci sera nubile. Elissa quitte alors le foyer : elle sera recueillie et soignée par leurs amis et soutiens de Thagaste, qui ont suivi Augustinus.

Puis elle rejoindra Carthage où elle vivra avec sa soeur et son beau-frère potier. Elle vit dans ses souvenirs, essayant de comprendre son histoire, quand Augustinus a pu envisager de la quitter.

Elle fréquente un scribe chrétien, Sylvanus, qui est chargé par l’évêque de Carthage de transcrire les écrits d’Augustinus, ses prêches et ses mémoires, lorsqu’il est devenu évêque d’Hipo Regius : ainsi elle a accès à  l’autre versant de son histoire : la vie d’Augustinus après son départ, sa conversion, le mariage annulé, la mort de son fils, la souffrance qu’il avoue.

Elle est révoltée aussi par les doctrines qu’il défend, la chasteté, lui qui aimait tant l’amour, la grâce donnée ou pas aux hommes par un Dieu sévère, les enfants condamnés dès leur naissance. On assiste aux remous de cette nouvelle église qui se cherche et lutte contre les hérésies, lutte contre le paganisme, interdisant les anciens cultes, les libations aux morts (les fidèles cachent les statues de Junon et leurs dieux lares). Tout cela dans un monde qui vacille : en  août 410 Alaric saccage Rome et quelques années plus tard Algésic  débarque en Mauritanie et fait route vers l’est.

Elissa reste fidèle à sa croyance manichéiste qui se ressource dans la beauté de la nature et de sa ville et juge sévèrement cette religion qu’elle trouve trop hostile aux hommes et à la vie.

 

 

Anny présente Jean Diwo:

"Le Printemps des Cathédrales"

Ce livre nous fait découvrir la vie des bâtisseurs de cathérales, et le compagnonnage; il est intéresant d'un point de vue historique car il permet de découvrir les différentes étapes de la naissance de l'art gothique et d'un côté humain car il permet d'imaginer la vie de ces compagnons de la pierre, leur foi, leurs connaissances, leur philosophie de la vie. Il donne envie de (re-)visiter ces lieux qui ont fait notre histoire.

Du même auteur "la Chevauchée du flamand" évoque la vie de Rubens.

 

"Nous étions les Mulvaney" de Joyce Carol Oates (Stock)

C'est l'histoire d'une famille américaine, vivant à la campagne, cultivée, ouverte, unie, qui est frappée par un événement dramatique: le viol de l'une des filles. Ce fait est vécu douloureusement par chaque membre de la famille et de façon très différente. Ce crime va les modifier profondément : leur vision du monde, leur rapport à autrui, la cohésion de la famille, tout est bouleversé.

Ce livre montre comment un être équilibré peut être dévasté, submergé par une situation trop douloureuse et réagir de façon déroutante et incompréhensible.

 

Yves présente:

"Joseph Anton" de Salman Rushdie

Suite à la fatwa lancée par l'ayatollah Khomeiny le jour de la saint-Valentin 1989, Salman Rushdie est obligé de vivre dans la clandestinité. Il lui faut choisir un pseudonyme : "Joseph"car il est admiratif de Joseph Conrad et "Anton", pour Anton Tchékov. Dès lors il faudra que sa famille vive en permanence avec 4 gardes du corps, il faudra déménager souvent, la vie ordinaire devient très compliquée.

Cette autobiographie écrite à la troisième personne se lit comme un roman.

L'auteur vit aujourd'hui à New Yok.

 

"Le Rêve du Celte" de Mario Vargas Llosa (Gallimard)

 Le dernier roman de l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, lauréat du prix Nobel de littérature 2010,  conte les péripéties de l’aventurier et révolutionnaire irlandais Roger Casement (1864-1916) qui découvre au fil de ses voyages en Afrique et en Amazonie l’injustice sociale mais surtout les méfaits du colonialisme. Nationaliste irlandais, il demandera l'appui de l'Allemange contre le colonisteur anglais de l'Irlande et sera condamné à mort.

 

Françoise Z  nous parle de "La liste de nos envies" de Grégoire Delacourt (JC Lattès).

A la relecture Françoise a découvert de nouveaux détails qui rendent ce livre attachant et drôle;

Jocelyne , mercière, gagne  plusieurs millions; alertée par la Française des jeux, elle décide de faire la liste de ses envies: mais celle-ci est brève, et tout compte fait sa vie très très ordinaire lui semble suffisante.

 

 Pour Françoise J., "Heureux les heureux" de Yasmina Reza (Flammarion) est un roman difficile à lire: les différents chapitres présentent les protagonistes de ces scènes qui sont parents, amis ou amants. Le style indirect excluant tout dialogue accentue la difficulté  de ce roman. Par contre une lectrice signale le premier chapitre où une scène de ménage savoureuse éclate dans un supermarché.

 

Michèle parle ensuite de "Une femme aimée" d'Andréï Makine (Seuil)

 

Oleg Erdmann, cinéaste russe d’origine allemande, écrit un scénario  sur Catherine de Russie.

Il lui doit sa présence en Russie, car princesse allemande mariée au futur Pierre III, Catherine a encouragé la venue de ses compatriotes en Russie, où ils ont encore aujourd’hui considérés comme allemands.

 

Après l’assassinat de Pierre III en 1761, elle sera impératrice de Russie.

Catherine a une réputation de Messaline, très avide de sexe : elle a de nombreux amants et la légende lui en prête encore plus.

 La vie d’Oleg et son projet artistique évolueront en fonction des changements politiques en URSS pendant  les années 80, commencées sous Brejnev, mort en 1982, et qui voient émerger la perestroïka et aboutissent à la chute du mur de Berlin.

 Dans les années 80, Oleg soumet son scénario au comité de censure : contre toute attente son scénario est accepté et sa réalisation confiée à un metteur en scène. Oleg  devient le conseiller artistique du film et peut quitter son appartement communautaire et son emploi de nuit aux abattoirs.

 Malheureusement après un changement de ligne politique au Kremlin, le film ne sera pas terminé et Oleg retrouve la misère et l’alcool : « Un verre d’alcool efface la honte, puis l’obligation de penser ».

 Ses amours suivent aussi  le mouvement de sa carrière, fastes lorsque la réussite est là, moribondes en cas de misère.

Le salut d’Oleg, réduit à vendre ses livres pour subsister, viendra d’un ancien compagnon de misère qui est devenu un nouveau riche dans la nouvelle Russie capitaliste.

 Celui-ci lui propose de faire un feuilleton télévisuel sur Catherine, avec beaucoup de sexe bien sûr.

 Malheureusement ces nouveaux riches sont la proie des hommes de pouvoir,  dépouillés de leurs sociétés les plus florissantes et jetés en prison. Oleg a pour mission de veiller sur la fille handicapée de son ami tombé en disgrâce. Celle-ci se trouve dans une institution privée fort chère en Suisse.

 Le destin de Catherine obsède toujours Oleg, qui part sur ses traces en Allemagne, ainsi que sur les traces de ses ascendants. Il y retrouve Eva qui interprétait Catherine vieillissante dans la première version du film. Tous deux font un détour par la Suisse et entreprennent le voyage en Italie rêvé par Catherine et le seul amant qu’elle a vraiment aimé, Lanskoï. 

 

Annie nous parle de Rosemonde Pujol, décédée à Auch en 2009, à 92 ans.

 "Le vingtième sexe"

Rosemonde Pujol est une héroïne du XXe siècle. Contemporaine de Simone de Beauvoir et de Simone Veil, résistante, rare femme diplômée en ingénierie électrique de son époque et journaliste économique au Figaro, elle nous livre ici le témoignage bouleversant de sa vie, celui d'une femme libre et libérée.

 Fille naturelle née dans un milieu bourgeois en 1917, Rosemonde a longtemps été considérée comme une "bâtarde" et a subi dès son plus jeune âge l'opprobre sociale et la domination masculine. Née dans une société qui refusait le droit de vote aux femmes, secrétaire pour la Résistance dans l'ombre des hommes glorifiés, elle se révoltera petit à petit contre sa famille et les institutions, et suivra son propre chemin.

 

"Juteuses carcasses": les vieux , une aubaine pour la société,

Alors qu'on les accuse d'être responsables du trou de la sécurité sociale, Rosemonde Pujol démontrent avec humour que les vieux rapportent à la société plus qu'ils ne coûtent!

Signalons aussi que Rosemonde Pujol a publié à 89 ans " Un petit bout de bonheur, petit manuel de clitologie".

 

Pierrette propose: "La forêt des 29", d'Irène Frain

Inde du Nord, 1485. A la lisière du désert, les rathores, seigneurs des lieux, rivalisent de palais mirifiques. Pour les ériger, ils doivent alimenter les fours à chaux et abattent les arbres par milliers. Or, comme les Vieux l’avaient prédit, une sécheresse effroyable ravage la région. Au cœur de la catastrophe, un humble paysan se dresse : Djambo, jeune homme rejeté par les siens, a rejoint le peuple des pauvres. Dans sa longue errance, il a tout vécu, la faim, les deuils, la route, les mirages destructeurs de l’orgueil et de la richesse, la douleur de l’amour trahi. Mais il a  appris à connaître la Nature. Le premier, il comprend que la sécheresse n’est pas une vengeance des dieux, mais celle de la nature maltraitée. Avec quelques hommes et femmes de bon sens, il fonde une communauté qui permet la survie de tous grâce à l’application de 29 principes simples. La vénération des arbres est le pilier de cette communauté, dont les adeptes ont pris le nom de « 29 » en hindi : les Bishnoïs.
La démarche de Djambo frappe les esprits et son efficacité fait école. Dès 1510, l’Inde du Nord compte des centaines de villages de « 29 ». Gestion rationnelle de l’eau, respect des femmes, protection des animaux sauvages, compassion envers tous les vivants, égalité des castes : les principes des Bishnoïs séduisent les hommes les plus divers. Les politiques les respectent et ils vivent en paix. 

 

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